« Margaux Clément,

jeune étudiante, « Ils s’inquiétaient que je ne refasse jamais d’études » 

Les études supérieures constituent un pont pour les enfants vers la responsabilité et le fait de devenir adulte. Les adolescents sont poussés depuis le collège à réfléchir à une voix, et prennent une décision dès leur dernière année de lycée. Si certains savent avec certitude quel corps d’étude est fait pour eux, d’autres se trompent, arrêtent, ou se réorientent. Margaux Clément se livre sur son année particulière, sans études.

Quel a été ton premier cursus d’études supérieures et pourquoi tu as arrêté ?

« J’étais en première année de droit. J’ai arrêté au bout d’à peine 3 mois car le système de la fac ne me plaisait pas. Le fait d’être autant en autonomie ne me convenait pas. J’avais besoin d’être plus cadrée. Nous n’étions pas assez suivis, surtout pour le nombre d’étudiants en première année. J’étais plutôt perdue. Je suis retournée vivre chez ma mère en campagne. J’ai fait quelques petits boulots afin de mettre un peu d’argent de côté. Mais rien qui ne m’occupe réellement, les journées se ressemblaient toutes. »

Comment t’es-tu sentie durant cette période ?

« Je me suis sentie en majorité en échec. J’étais déçue de moi-même. (Marque une pause) Je n’arrivais pas à avancer et à me donner des objectifs personnels suffisamment importants pour investir mon temps. J’étais fatiguée et je perdais la notion du temps.  Je pensais ne jamais réussir à reprendre les études par la suite, surtout le rythme. »

Quelles remarques ont-pu te faire ton entourage à ce sujet, as-tu cherché à te comparer à tes amis en étude ?

« Oui je me comparais énormément à mes amis car ils étaient tous en plein quotidien étudiant. Ils étaient occupés à sortir ou à réviser. Quand je discutais avec eux, je me sentais loin de cet univers. (Regard balayant la pièce) Un univers que j’avais pour ma part à peine expérimenté. J’avais l’impression de passer à côté de cette expérience et je me sentais énormément mise à part. Je n’ai en revanche pas reçu de remarques en particulier de ma famille ou mes amis. Ils me faisaient simplement part de leurs inquiétudes quant à mon avenir. Ils s’inquiétaient que je ne refasse jamais d’études. Ils avaient peur que je ne retrouve pas ma voix. »

Comment as-tu fait pour retourner en études et quelles ont été tes difficultés ?

« Je me suis avant tout beaucoup renseigné sur plusieurs métiers ou formations afin d’être sûr de ce qui me plairait. Je ne voulais surtout pas me retrouver en situation de déscolarisation une deuxième fois. J’ai par la suite conclu que le domaine du droit m’intéressait toujours autant. J’ai donc cherché des formations dans ce domaine, autre que par le système fac. J’ai trouvé le BTS que je fais actuellement. J’ai refait Parcoursup, mais de nombreuses écoles m’ont refusé. Je me suis mise à postuler dans d’autres écoles afin de passer des entretiens. Les entretiens étaient stressants car je ne savais pas comment expliquer que j’étais à ce moment-là déscolarisée. (Rire) Un BTS à Bayonne m’a accepté. La semaine de la rentrée, en allant porter mes derniers documents à l’école, j’apprends finalement que le BTS ferme, car ils n’avaient pas assez de candidat. J’ai failli abandonner. Je trouvais ça injuste ! Un autre BTS comme celui-ci existait à Bordeaux. Même s’il était très compliqué d’y accéder, mon dossier a été retenu, quelques jours avant la fameuse rentrée. (Sourire) Donc depuis la rentrée de septembre 2023 j’ai repris des études en BTS notarial à Bordeaux. »

Que dirais-tu à un étudiant qui se retrouve également en déscolarisation et cherche à se réorienter ?

« J’ai repris beaucoup de plaisir à étudier dans un système qui me correspond. Il m’arrive parfois de retrouver des mauvaises habitudes niveau organisation, mais j’aime ce que je fais. Je lui dirais qu’il ne faut pas baisser les bras. Ne pas se décourager et garder en tête que faire une pause dans ses études pour n’importe quelle raison n’est absolument pas une honte. Je pense même qu’il vaut mieux arrêter et prendre le temps de trouver ce qui nous plaît plutôt que de rester dans une voie pour laquelle on ne se projette pas. Il n’y a pas d’âge pour se réorienter, faire une pause et réfléchir à ce que l’on veut. Il est très important de bien s’informer avant toute chose. »

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